24.07.09 - 12:31 Monde
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RDC: la FIDH dénonce
la "dérive autoritaire" du régime
Kabila
La Fédération
internationale des Droits de l'Homme (FIDH) a dénoncé
vendredi la "dérive autoritaire du régime"
du président congolais Joseph Kabila, accusant le
pouvoir de Kinshasa de mener une "politique
systématique du harcèlement des voix
dissidentes".
Des les premiers mois qui ont suivi les élections
de 2006 - les premiers scrutins démocratiques en
40 ans dans l'ex-Zaïre -, "la dérive
autoritaire du régime était perceptible et
celle-ci n'a depuis lors fait que
s'accentuer", indique un rapport rédigé après
une mission d'enquête sur place en avril et présenté
vendredi à Bruxelles.
"Les autorités gouvernementales ont
radicalisé leurs positions vis-à-vis des voix
contestataires, qu'elles soient politiques,
associatives, syndicalistes", ajoute ce
rapport, publié à la mi-mandat du président
Kabila, élu fin 2006 à la tête de la République
démocratique du Congo (RDC).
Alors que les premières élections multipartites
organisées en 2006 étaient porteuses d'espoir
quant à l'établissement de l'Etat de droit en
RDC, le rapport démontre que les premières années
d'exercice du pouvoir légitime ont été marquées
par des entraves importantes aux libertés
fondamentales et l'étouffement, en toute impunité,
de certaines voix contestataires par des moyens
contraires aux dispositions nationales et
internationales de protection des droits de
l'Homme.
"Ceux qui osent s'élever (contre le régime
et ses pratiques) et contester sont systématiquement
visés par le pouvoir en place", a souligné
au cours d'une conférence de presse à Bruxelles
le président de la ligue belge francophone des
droits de l'Homme, Benoît Van Der Meerschen,
rentré en début de matinée de Kinshasa, où le
rapport a déjà été présenté jeudi par la
FIDH et ses organisations membres, l'Association
africaine de défense des droits de l'Homme (ASADHO),
le Groupe Lotus et la Ligue des Electeurs.
M. Van Der Meerschen a ainsi évoqué "un
parfum de mobutisme" qui recommence à
fleurir à Kinshasa.Ce rapport se base à la fois
sur des faits et des témoignages précis et
circonstanciés de victimes. Il présente
notamment les derniers cas de répression contre
les défenseurs des droits de l'Homme.
Ces derniers font, selon la FIDH, l'objet
d'arrestations et de détentions arbitraires par
les forces de sécurité et subissent très
souvent des mauvais traitements. Les conditions de
détention s'apparentent également à des mauvais
traitements contraires aux dispositions garanties
par plusieurs conventions internationales.
Les forces de l'ordre, souligne le rapport,
"confortées dans leurs agissements illégaux
par l'impunité totale dont elles jouissent jusqu'à
présent".
Quant à la justice, elle est "faible et
corrompue" face à "un exécutif de plus
en plus fort" qu'elle est censée contrôler,
a souligné M. Van Der Meerschen, faisant
notamment référence à la décision récente de
M. Kabila de révoquer, de mettre à la retraite
et de nommer quelque 300 magistrats - dont deux
promus qui étaient en détention -, au nom précisément
de la lutte contre la corruption.
Selon un magistrat de la Cour suprême cité dans
le rapport, le budget de la Justice ne représente
que 0,16% de celui de l'Etat.
La présidente de la FIDH, Souhayr Belhassen, a
pour sa part dénoncé la généralisation de la
pratique du viol en RDC. Autrefois présenté
comme lié à la situation de guerre dans l'est,
le viol s'est généralisé, aussi à Kinshasa,
a-t-elle souligné en expliquant que 60% des
femmes qui portaient plainte finissaient par la
retirer en raison de pressions en sens divers.
"Les lois sont bonnes, mais elles ne sont
pas appliquées", a dit Mme Belhassen devant
la presse.Elle a également déploré l'abandon,
par les bailleurs de fonds internationaux, de
projets sur la réforme de la justice, de la
police et de l'armée, sans laquelle
l'instauration d'un Etat de droit est impossible,
au profit d'infrastructures.
La FIDH a réservé la primeur de son rapport aux
autorités congolaises, dont plusieurs ministres,
auquel il a été présenté au cours de la visite
de sa délégation à Kinshasa.
"Les autorités congolaises parlent d'exagérations",
a conclu M. Van Der Meerschen.
(Belga)
Crédit photo: EPA |