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L'UDPS
et les exigences de sa réconciliation interne

Par Jean-Pierre Mbelu
L'unité récréée au
sein de l'UDPS par la réconciliation du Président du
Comité National et le Premier Vice-président du
Comité Organisateur du Congrès
constitue l'une de grandes réalisations politiques
de ce parti politique au regard de son histoire mouvementée.
Plus d'un observateur de la scène politique congolaise
croit avoir décelée dans le geste ayant conduit
à cette réconciliation une expression de la maturité
et de la sagesse des cadres dirigeant l'UDPS. Et plus particulièrement
du Président National militant pour une lutte politique
cimentant l'unité du parti.
Néanmoins,
cette réconciliation ne cesse de poser des questions chez
une certaine catégorie de nos compatriotes un peu
sceptiques sur la sincérité ladite réconciliation.
Ils n'hésitent pas à y lire un feu de paille
incapable de résister aux bourrasques des appétits
de pouvoir de ces mêmes cadres qui, après avoir
critiqué vertement le système politique congolais
issu de l'AFDL, sont prêts à verser dans l'amnésie
en rejoignant le train conduit par Joseph Kabila à travers
les élections locales. Aux dernières informations,
deux camps se seraient encore créés divisant ceux
qui sont pour et ceux qui sont contre les élections
locales.
D'autres compatriotes, par ailleurs, posent la
question de savoir jusqu'où peut aller l'UDPS dans cette démarche
de réconciliation. A la veille de son Congrès, ces
compatriotes estiment que le parti cher à Etienne
Tshisekedi ferait montre de plus de sagesse en ouvrant ses bras
à ses "enfants prodigues" que l'errance politique
a conduit loin de la maison-mère sans qu'ils aient perdu,
pour autant, le sens de la lutte démocratique que mène
ce parti depuis plus de vingt ans.
Dans le présent article, nous voulons,
tout en restant attentif à l'actualité
internationale, livrer notre lecture de la gestion de toutes ces
questions soulevées après la réconciliation
de l'aile de Valentin Mubake et celle
de Beltchika Kalubie. Notre souhait est que ce grand parti
politique aiguise son sens de l'écoute et devienne de plus
en plus capable, avec les autres partis politiques congolais, de
proposer une alternative crédible à la navigation
à vue dont souffre la gestion hasardeuse de la chose
publique chez nous.
L'exemple de Hillary Clinton et de Barak Obama
L'actualité internationale est dominée
ces derniers temps (à tort ou à raison?) par les préliminaires
de la campagne électorale américaine. Les démocrates
et les républicains ont fini par choisir leur unique
candidat aux présidentielles de novembre.
Dans le camp des démocrates, la réconciliation
publique de Hillary Clinton (du bout des lèvres?) et de
Barack Obama a frappé certains esprits (naïfs?). Ces
deux présidentiables démocrates ont su,
publiquement,à
la Convention
démocrate, dépasser la virulence des attaques de
l'un à l'endroit l'autre lors des primaires. Il est
possible que la théâtralisation de la politique américaine
induise en erreur les observateurs naïfs de la scène
politique internationale. N'empêche que le
geste de soutien de Hilary Clinton (et de son époux)
à Barak Obama soit interprété comme le résultat
de l'effort de dépassement fourni par ces deux politiques
partageant fondamentalement les mêmes orientations majeures
de leur parti, leur projet de société commun.
Leur accord autour de ces orientations majeures
de leur parti n'excluait pas un désaccord éventuel
dans leur approche individuelle de leur réalisation. Pour
dire les choses autrement, les principes de base sur lesquels
Barack Obama et Hillary Clinton comptaient diriger les U.S.A. sont
les mêmes. Leur désaccord dans l'approche
individuelle de ces principes portait en lui la possibilité
d'une réconciliation
de ces deux individus malgré le choix discriminatoire des
électeurs démocrates. En d'autres termes, l'unité
autour des mêmes principes de gestion des U.S.A. a facilité
le dépassement du désaccord lié à leur
approche individuelle.
Sans préjuger de l'éthicité
de ces principes, nous estimons qu'il y a, dans cette façon
de procéder, des leçons à apprendre chez les
politiciens de l'UDPS en particulier et chez politiciens congolais
en général.
L'accent mis par les Américains sur les
principes, sur le projet de société cimente leur
unité malgré les divergences. L'essentiel de ces
principes est plus ou moins maîtrisé par les acteurs
majeurs et les militants. Les démocrates le déclinent
en quelques mots: permettre aux enfants d'aller à l'école
depuis la maternelle jusqu'à l'école secondaire,
permettre aux Américains d'avoir accès aux soins médicaux,
rompre avec l'unilatéralisme dans la gestion des affaires
internationales, etc. L'avenir heureux (?) de leurs compatriotes
constitue, en principe, le leitmotiv de leur campagne électorale.
Il y a comme un consensus qu'ils dégagent autour de
l'existence des institutions fortes pouvant subsister au passage
de leurs animateurs.
L'UDPS se réconciliera-t-elle avec ses filles et
fils d'hier et d'aujourd'hui?
Dans un pays composé majoritairement des
analphabètes politiques comme le Congo, faire de la
publicité des orientations majeures des partis politiques
et de leurs projets de société devrait être la
préoccupation fondamentale de ces partis. A temps et
à contretemps. Cela traduirait le souci de ces partis de
politiser nos populations. Politisation sans laquelle aucune révolution
ne pourrait être possible.
Cette politisation ne devrait pas attendre
l'approche des élections. Elle devrait être une part
importante du "modus vivendi" de nos partis politiques.
Mais jusqu'à ce jour, la quête du
vedettariat semble l'emporter sur la campagne idéologique.
Le débat sur les individus prend trop de place dans
l'espace politique congolais. L'UDPS, pendant tout un temps, malgré
les efforts déployés pour que son idéologie
soit connue dans les provinces, a mis, sur le devant de la scène,
certains cadres. Soit pour les idolâtrer, soit pour les
diaboliser, soit pour demander leur arbitrage.
Grand parti politique, saura-t-elle, en signant
la réconciliation entre l'aile Mubake et l'aile Beltchika,
persévérer sur la voie de la réconciliation?
Après une période d'intense diabolisation de
certains cadres, ce parti historique du Congo ne ferait-il pas un
grand pas en ouvrant ses portes à "ses enfants
prodigues", en réhabilitant certains d'entre eux qu'il
a froissé hier?
Non pas pour applaudir à leur débauchage
politique ou pour tomber dans une impuissante culpabilisation.
Mais battre sa couple et accueillir la bêtise et les
faux-pas comme faisant partie de la fragilité, de la vulnérabilité
et de l'errance de tout être humain.
Sans renoncer au sens de la discipline et du
respect des textes fondateurs du parti, elle poserait un grand
geste d'humilité et de pardon à la veille d'un Congrès
accueillant en son sein tous ses fils et toutes ses filles, d'hier
et d'aujourd'hui, désireux de renter à la maison et
de peser sur le destin de notre grand et beau pays. Elle déciderait
des critères de ce Grand Retour en sauvant l'essentiel: les
retrouvailles autour des orientations majeures de ce parti et de
son projet de son société de tous ses enfants que la
misère, la lâcheté, la trahison et le goût
du lucre auraient conduit "à manger la nourriture des
porcs".
Prôner la réconciliation de tous
les Congolais sans faire le premier pas dans sa propre maison
serait un contre-témoignage pour le parti cher à
Tshipamba Mpuila.
De toutes les façons, le prochain Congrès
de l'UDPS étant celui de tous les Congolais, comme ne
cessent de le soutenir ses cadres, elle y irait en ordre utile en
reprenant ses filles et fils désireux de se réconcilier
avec elle. De manière permanente.
Et si d'autres divisions surgissaient?
La réconciliation n'est pas, une fois
pour toutes, un antidote contre d'éventuels désaccords
et divisions. Si les divisions sont diaboliques, c'est-à-dire
provocatrices de la dispersion des membres d'une même maison
au point de provoquer sa perte, le désaccord peut être
fondateur d'un autre avenir.
Pour être concret, il semble que la
participation aux prochaines élections locales serait en
train de créer de nouvelles fissures dans la maison UDPS.
Au lieu que ces fissures deviennent diaboliques, cette question pourrait
faire partie d'un grand débat ouvert au sein de ce parti.
Un débat pouvant lui permettre de réajuster le tir
s'il le faut. Sans peur de moqueries.
Il est possible que cette question en cache une
autre: "De quel droit l'UDPS doit-elle laisser "le
conglomérat d'aventuriers" actuellement au pouvoir
"manger l'argent comme on mange les arachides" sans
qu'elle pense à participer au festin ?
Cette question bassement matérielle
trahit la difficulté qu'il y a à militer pendant
longtemps dans un parti politique sans accès au minimum de
conditions matérielles pouvant soutenir la lutte. De toutes
les façons, un parti politique n'est pas une O.N.G. vantant
le bénévolat et les sacrifices sans récompense
de ses militants. Si chaque parti politique a ses idéalistes
ou ses utopistes prêts au sacrifice suprême pour que
triomphe l'idéal fondant leur lutte, plusieurs partis sont
composés majoritairement d'opportunistes et d'autres carriéristes
à la recherche ou d'un emploi ou d'une mangeoire au travers
de la militance. (Ce n'est pas l'idéal mais c'est comme
ça!)
Et puis, il peut se faire que lesdits idéalistes
soient soupçonnés (à tort ou à raison)
comme bénéficiant de grands soutiens matériels
au grand dam "des petits militants". La poursuite de la
lutte en commun peut pâtir de ces soupçons et inciter
au débauchage. C'est d'un.
De deux, si après avoir qualifié
le système ayant conduit aux élections dont sont
issues les institutions actuelles de conflictogène, de
criminel et de criminogène, certains membres estiment
qu'ils peuvent l'influencer en occupant les postes de direction
des institutions locales, en gérant au quotidien ces
petites entités que sont les communes et les secteurs de
nos provinces, pourquoi ne pas leur laisser la chance de tenter
sans qu'ils deviennent pour le parti des brebis galeuses? La lutte
du parti se poursuivrait sur deux plans: à l'intérieur
et à l'extérieur des institutions. Il est possible
que l'UDPS puisse en tirer profit
un jour.
Mais, si de manière unanime, le parti décide
de se préparer aux autres échéances électorales
pour des motifs de cohérence dans la gestion de ses
ambitions politiques, il pourrait persévérer dans
son travail de politisation de nos populations en dehors des
institutions actuelles. Sans honte.
La peur d'entendre "les apprentis
sorciers" qui sont au pouvoir aujourd'hui dire: "Nous
avions soutenu que le train est en marche. Ceux et celles qui
veulent le rejoindre le feront sans que nous puissions l'arrêter"
peut fausser l'appréciation de la marche politique de notre
pays. A moins que surgisse avant 2011 un Congolais Lambda ou un
collectif de résistants Congolais pour mettre fin à
l'ordre politique actuel, il n'est pas exclu que d'autres stratégies
de l'occupation de l'espace politique congolais soient étudiées
et mises en pratique, dont celle de l'infiltration de toutes les
institutions du pays par les forces du changement.
En attendant, l'important est que les débats
autour de ces stratégies évitent le plus possible le
recours à l'argument d'autorité, au musellement des
contradicteurs et fasse suffisamment de place à l'écoute
mutuelle et au désaccord fondateur.
De
toutes les façons, l'UDPS gagnerait en revoyant ses méthodes
de lutte, de gestion des biens et des personnes en assumant
à bon escient, si elle veut être encore crédible,
son rôle de fille aînée de l'opposition
congolaise. Un véritable "mwan'a bute" oriente, donne le ton, accepte le renoncement,
opte pour le don de soi en sachant qu'il peut être sans réciprocité.
Son autorité, elle le met au service de tout ce qui donne
la vie, la fait croître, l'augmente. Sa sagesse et son sens
élevé de responsabilité le distingue des
"ban'a bute bipungulu"…A
travers tout ce que le parti cher à Etienne Tshisekedi
entreprend, il y a comme en écho, cet appel à l'éthique
de responsabilité "des aînés"…déprise
de tout nombrilisme et de toute autosatisfaction esthétique.
J.-P. Mbelu
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