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Elections
2011
Vuemba : "un danger guette l'Opposition"
La Prospérité, le 19/07/2010
Jean-Claude Vuemba, Président
National du Mouvement du Peuple Congolais pour la République(MPCR),
Député National de l’Opposition politique, a délié sa
langue. Elu de Kasangulu, connu pour sa légendaire verve
oratoire et tout son franc-parler, l’homme s’est livré à
un exercice de questions et réponses face aux enjeux de
l’heure. Laconiquement, le Président du MPCR plaide pour
l’union de toute l’Opposition congolaise autour d’un
programme, pour la conquête du pouvoir lors des échéances électorales
de 2011.
Pour Jean-Claude Vuemba,
seul, aucun Parti politique de l’Opposition ne peut gagner les
élections. Ce qui laisse dire, indubitablement, que l’apport
de tous à l’Opposition est indispensable. « En 2011, je
serai actif pour que l’Opposition puisse réellement gagner
les élections face au pouvoir corrompu qui nous gouverne à ce
jour », a-t-il laissé entendre ce week-end, à La Prospérité,
Quotidien de Mont Fleuri, à Ngaliema, dans un entretien à bâtons
rompus. "Tous les leaders
de l'Opposition devraient prendre conscience du danger, si rien
n’est fait pour présenter un programme alternatif commun à
la Majorité actuelle », conclut-il.
La Prospérité
: Bonjour Honorable Vuemba. Est-ce que le Pays se porte bien après
les festivités du Cinquantenaire ?
Jean-Claude Vuemba :
Après le Cinquantenaire, rien n’a changé au Congo. La
souffrance de la population ne cesse de s’accroître. Ce qui
est grave, ce qu’après avoir fermé les morgues pendant trois
jours, il y a maintenant une course effrénée des personnes qui
vont inhumer leurs morts. C’est vraiment une honte, parce que
le pouvoir n’a pas voulu que ses invités puissent compter le
nombre de corbillards qui amènent nos frères et sœurs à leur
dernière demeure. Nous pouvons tout simplement dire que cet
argent dépensé pour deux coupes de champagne et quelques
toasts de caviar aurait dû servir à autre chose que de faire
de la Bamboula.
La Pros :
Cette même fête a coïncidé avec l’annulation d’une
partie substantielle de la dette extérieure de la RDC.
Pensez-vous que l’un des objectifs de votre législature est
atteint ?
Jean-Claude Vuemba
: J’ai toujours dit que je suis républicain.
Quand il y a une avancée pour mon pays, fût- elle minime, je
le reconnais. Le Point d’Achèvement est un bon résultat pour
le Congo mais, ce n’est pas une panacée pour qu’on
s’agite. L’indépendance Cha- cha, la Zaïrianisation, la
Conférence Nationale Souveraine, les accords de Sun City, l’élection
de 2006 devaient nous amener un plus. Mais hélas ! Nous
n’avons plus rien vu venir parce que la gabegie est entrée
dans les consciences des congolais. Avant toute chose, nous
voulons savoir réellement le montant que l’Etat congolais a
remboursé par rapport à l’Initiative PPTE et si la dette est
de combien ? C’est à partir de ce moment là, que nous
pouvons discuter de cela. Nous risquerons d’être surpris désagréablement
en sachant que tout était bien fini, avant que nous ne
puissions atteindre le Point d’Achèvement.
La Pros :
L’atteinte du Point d’Achèvement suscite beaucoup
d’espoirs à la nation. Si vous étiez au gouvernement,
quelles mesures urgentes prendriez-vous pour capitaliser cet
acquis ?
Jean-Claude Vuemba
: Le problème n’est
pas de susciter. Je viens de vous citer les 5 ou 7 précédents
de l’histoire. Commençons tout d’abord, avec le non
remboursement de la dette, à partir du mois de juillet, à
s’occuper du barème de Mbudi. Que les militaires, les
policiers, les fonctionnaires, les agents de renseignement, DGM
et bien d’autres puissent déjà atteindre l’avancée
significative du premier palier de Mbudi. Cela parce que les
Secrétaire Généraux ont vu leurs salaires adaptés au premier
palier de ce barème. Maintenant, il est temps pour que la
population congolaise la plus démunie puisse en bénéficier.
La Pros :
Nous nous approchons des échéances électorales de 2011. L’Opposition
est-elle prête ? Comment s’organise-t-elle ? A-t-elle déjà
un Porte-parole ?
Jean-Claude
Vuemba : Oui, nous
sommes prêts depuis 2006. Tout simplement, parce que nous
savions déjà à l’époque que ce pouvoir n’amènerait les
congolais nulle ne part. Comme vous le savez, la précarité de
la vie des congolais n’est plus à démontrer. La corruption
bat son plein, le Congo est 182ème sur 184 pays truffés de
corruption. Quant au poste de Porte-parole, au Mouvement du
Peuple Congolais pour la République (MPCR), notre parti, nous
avons décidé de ne plus être associés aux conciliabules du
choix du Porte-parole de l’Opposition tout simplement pour
avoir remarqué et constaté que les Présidents de l’Assemblée
nationale et du Sénat n’ont aucune bonne volonté de réunir
l’Opposition pour lui permettre d’élaborer un règlement
d’ordre intérieur. La loi de la démocratie étant simple, il
n’y a qu’à passer au vote pour sanctionner, étant donné
qu’il y a 5 avant-projets de lois pour l’Opposition
institutionnelle. Personne ne veut de ce vote. Curieusement, à
une dizaine de mois des échéances électorales, les gens
commencent à se précipiter par rapport à cette loi. Et ce, en
sachant bien que cela va plus que diviser l’Opposition que
susciter la cohésion au seuil de 2011. Pour cette raison, nous
disons que nous sommes restés plus de 4 ans sans cela. Cela ne
nous a pas fragilisés. Alors, nous devons le jeter dans les
oubliettes afin que nous préparions 2011. Tout ce qui divise,
doit être banni. Privilégions plutôt ce qui nous unis.
La Pros : Ne
pensez-vous pas que vous avez failli pendant les 4 ans, parce
que vous n’avez pas été capables de parler le même langage
?
Jean-Claude Vuemba
: Aucune Opposition au monde ne parle le même
langage, parce que l’Opposition au Congo est multiforme. Il ne
faudrait pas oublier qu’à l’intérieur de cette même
opposition, il y a l’opposition extra-parlementaire qui ne
reconnaît rien à l’opposition institutionnelle que nous
sommes. C’est pour cela que nous nous sommes dit qu’il
faudrait privilégier un programme commun de l’Opposition où
tous les Partis politiques doivent envoyer leurs rédacteurs
pour que nous puissions sortir un programme commun de
gouvernement d’alternance pour 2011. Ce qui a été fait
d’ailleurs en France en 1984.
La Pros :
Votre tentative d’organiser l’Opposition autour d’un
programme commun n’a pas mis tous le monde d’accord ? L’Udps
l’a rejetée ?
Jean-Claude Vuemba
: Il n’y a pas eu tentative. Je dois dire
la vérité. La rencontre de Ngiri-Ngiri était une réflexion
basée sur le Cinquantenaire de l’indépendance. Ce n’est
que le Président Christian Badibangi, en voyant sur cette
tribune l’UDPS et le MLC, qui en a profité pour
s’interroger. Parce que les deux Partis ne se reconnaissent
pas. Pour le MLC, ils ont des Députés et Sénateurs et l’UDPS,
quant à elle, se considère comme la fille aînée de
l’Opposition. C’est comme cela que nous nous sommes dit : «
Asseyons-nous autour d’une même table et commençons à
concocter un programme commun d’alternance ». Nous avons tous
pris acte, y compris Stanislas Tshimanga, le Coordonnateur
adjoint du Congrès de l’UDPS et François Muamba du MLC.
C’est sur cette note que nous avons promis de nous revoir.
Subitement, les gens ont commencé à spéculer. Nous sommes des
gens sains d’esprit, là où nous nous retrouvons, la réflexion
doit être de mise. C’était une matinée politique du MPCR et
non une rencontre de l’Opposition. La preuve en est que rien
n’a été signé. Cela n’était rien d’autre qu’une réflexion
pour la bonne marche de l’Opposition. J’ai entendu ce qu’a
dit Albert Moleka. Mais, il oublie que, quand j’étais à
Bruxelles avec M. Etienne Tshisekedi, il ne m’a parlé que de
Rémy Massamba, Coordonnateur du Premier Congrès de l’UDPS.
Il ne m’a pas cité deux ou trois noms. C’est pour cela que
le MPCR a invité Rémy Massamba, qui, à l’occasion, s’est
fait représenté par son adjoint Stanislas Tshimanga. Vous
n’avez qu’à voir des réactions qui ont fusé de partout.
Tout le monde n’est pas de l’avis de ce qu’a lancé Albert
Moleka. Est-ce que nous allons mettre toutes nos divisions sur
la place publique ? Je vous dis qu’aucun Parti politique de
l’Opposition ne peut seul gagner les élections. De grâce,
n’essayons plus de prêter le flanc au pouvoir pour pérenniser
la destinée de la population congolaise.
Pros :
Vous donnez l’impression comme si les autres leaders ne
veulent pas vous suivre, ni écouter ?
Jean-Claude Vuemba
: Je ne leur demande pas de me suivre ou de m’écouter,
mais je leur demande de comprendre le danger qui guette l’Opposition,
et qu’ils comprennent que le programme commun d’alternance
est ultra -nécessaire pour tout le monde. Sinon, dans une année,
ils diront que j’ai raison.
La Pros :
Parlons des élections, Honorable.
Jean-Claude Vuemba : Pour
ne pas tomber dans le risque de la déstabilisation
institutionnelle comme ce fut le 24 avril 1990, il serait urgent
que les élections puissent avoir lieu et surtout que
Apollinaire Malumalu soit mis de côté parce que, nous ne
comprenons pas. Trois mois après que nous ayons adopté la loi
sur la CENI, que jusqu'à ce jour, elle ne soit pas promulguée.
Nous nous étonnons de voir l’Abbé Président Malumalu et ses
acolytes continuer à nous donner des leçons de moralité comme
s’ils seront encore là, l’année prochaine. De grâce, que
la CENI soit là et que nous puissions leur dire merci et
surtout adieu de ce qu’ils ont pu faire pour la nation
Congolaise.
La Pros : Où en êtes-vous
avec la problématique de la candidature unique au sein de l’Opposition
?
Jean-Claude Vuemba
: Nous ne pouvons
envisager une candidature unique tant que nous n’avons pas
encore un programme commun d’alternance de l’Opposition.
Vous savez, vous pouvez être cinq candidats, mais au moins,
vous devez vous reconnaître. A l’heure actuelle, qui peut
dire qu’il est le candidat de l’Opposition ? Or, le
programme est un accord tacite pour s’entendre et derrière
qui l’on serait pour gagner les élections. Tout le monde ne
peut pas avoir un destin national. C’est comme si
aujourd’hui, vous me posez la question de savoir si je serais
candidat en 2011 ? Je dis non. Je suis candidat en tant que Député
National de Kasangulu. La justesse, la sagesse et surtout le
sens propre de soi-même relativisent beaucoup de choses. A
chacun son niveau.
La Pros :
N’est-ce pas là une brèche qui montre qu’effectivement,
vous allez aux élections en ordre dispersé ?
Jean-Claude Vuemba :
Le problème, c’est d’avoir foi en l’Opposition.
Ici, ce qui nous intéresse, c’est d’avoir un programme
commun d’alternance de l’Opposition. Pour le reste, le
leadership sortira de lui-même.
La Pros : Vous n’avez
pas en poche une candidature surprise à la présidentielle 2011
?
Jean-Claude Vuemba
: Peut-être la candidature de gens en qui je crois
et qui représentent la nation congolaise tels que Etienne
Tshisekedi et Jean-Pierre Bemba, oui. Mais la candidature
surprise de Jean-Claude Vuemba, non ! Vuemba, c’est un homme
de parole. Peut-être en 2016. Seulement, en 2011, je serai
actif pour que l’Opposition puisse réellement gagner les élections
face au pouvoir corrompu qui nous gouverne à ce jour.
La Pros :
Jean-Pierre Bemba et Thomas Lubanga sont toujours à la Haye.
Qu’en dites-vous ?
Jean-Claude Vuemba
: En ce qui concerne le Sénateur prisonnier
politique Jean-Pierre Bemba, c’est un coup politique. Nous
savons d’où vient ce coup. Mais, soyons sérieux. On ne joue
pas comme cela avec la vie d’un homme. Surtout, si cette
personne représente 47 % de la population congolaise. En ce qui
concerne Thomas Lubanga, vous voyez que même les témoins ne
savent plus que dire. Ils sont en train de discréditer la CPI.
Où avez-vous vu des témoins qui ne veulent pas se présenter,
s’ils sont réellement des témoins qui ont vécu des choses ?
Pourquoi doivent-ils alors avoir peur ? De qui et pourquoi ? La
CPI ne sera respectée que le jour où les témoins se présenteraient
pour lancer les anathèmes qu’ils s’étaient dits dans le
secret, dans leurs chambres d’Hôtel. Sinon, cela c’est un
machin distillé pour les noirs et les nègres.
La Pros :
L’Opposition trouve son compte au sein de la plate-forme «
Union pour la Nation ? »
Jean-Claude Vuemba
: Moi je sais que, l’« Union pour la
Nation » était une plate-forme électorale. S’ils l’ont
redynamisée à travers leur Coordonnateur Clément Kanku pour
devenir une plate-forme politique, il n’ y a pas de problème,
car il y a de la place pour tout le monde. Ce n’est pas que je
ne trouve pas mon compte là dedans, mais je n’ai pas
l’habitude de signer les accords politiques. J’en avais signé
déjà un avec l’UDPS et cela me suffisait.
La Pros :
Un mot sur la détention de l’honorable Martin Munkokole ?
Jean-Claude Vuemba
: C’est une insulte
à la Constitution. Le texte stipule qu’en cas de flagrance,
l’arrestation du Député s’impose. Cinq mois après avoir
ouvert une enquête sur le véhicule volé, on vient récupérer
l’Honorable Munkokole en parlant de la flagrance. C’est là
où nous avons dit au Procureur Général de la République
qu’il y a des dossiers sales qui trimballent sur son bureau.
Les a-t-il déjà ouverts ? Je peux citer un exemple : OFIDA-CTC,
un dossier de 175 millions de dollars que cinq Ministres et
quelques hauts fonctionnaires se sont accaparés. Il n’y a
aucune saisine. La Cour Suprême de Justice avait, dans son
Ordonnance, placé l’Honorable Mukonkole en résidence
surveillée mais, nous avons été surpris d’apprendre que la
résidence surveillée devient l’Hôtel Invest. C’est pour
cela, en voyant comment on bafoue la loi, que nous nous
interrogeons sur ce qui va nous surprendre en 2011, après les
élections.
La Pros :
Que vous inspirent les enquêtes sur l’assassinat de Chebeya ?
Jean-Claude Vuemba
: À quelque chose
malheur est bon. Le Cinquantenaire a été symbolisé par
l’assassinat de Floribert Chebeya à l’Inspection Générale
de la Police, l’endroit qui est censé protéger les
congolais. Tout simplement pour dire qu’il y a un Dieu. Après
avoir commis autant de choses répréhensibles, un jour ou
l’autre, on finit par être démasqué. Le Héro national
Chebeya est parti par ce qu’on appelle la dictature, la
torture, la violence du pouvoir face aux hommes épris de la démocratie.
C’est cela qui symbolise le Cinquantenaire de l’indépendance
du Congo. Un activiste des droits de l’homme assassiné, tué
à l’inspectorat Général de la Police. Les enquêtes, dans
un pays où même la justice est malléable, vous vous attendez
à quoi ? Chebeya ne savait pas conduire, comment sa voiture
s’est retrouvée à Mitendi ? C’est parce qu’ils ne
savaient pas que le chauffeur de Chebeya, dont nous réclamons
le corps, était son beau-frère. Ainsi, la dernière piste de
Chebeya, c’est l’Inspection Générale de la Police.
La Pros :
votre mot de la fin
Jean-Claude Vuemba
: Les élections sont une arme
essentielle à la démocratie. Ce que l’Opposition ne veut pas
reproduire, ce qu’a fait le Président Kabila, en commençant
par le quinquennat social, en le jetant aux oubliettes pour
revenir aux 5 chantiers de la République. Voilà pourquoi il
est extrêmement urgent et judicieux pour que l’Opposition
puisse se rassembler autour d’un programme commun d’un
gouvernement d’alternance pour 2011. Cela serait le salut pour
la population congolaise.
La
Pros. |