Je remercie Maître Mukendi, lfun de mes avocats, qui
sfest déjà exprimé à la radio Top Congo
le 9 juillet 2007 face à cet appel.
Je remercie aussi toute personne qui sfassocie à ce
combat dont le rebondissement scandalise toute personne de bonne foi
à travers le monde.
Ci-après,
ma réaction à cet appel hors délai et illégal.
1.
Insécurité juridique et judiciaire
1.1
Lfappel, aujourdfhui forclos, fait par le colonel Madialuwa,
auditeur militaire supérieur près la Cour Militaire de
la Gombe, deuxième degré de juridiction, est la preuve
par excellence de lfinsécurité juridique et judiciaire
ainsi que de la fragilisation de la justice en RD Congo. Il bat aussi
en brèche les principes tels que « La liberté
est le principe, la détention lfexception ; la présomption
dfinnocencec ». Le
colonel Madialuwa en a appelé à un juge répressif
alors qufil sait qufaujourdfhui que mon innocence a été
prouvée.
Cet
appel est aussi la preuve de la remise en cause dfun jugement
dfacquittement équitable qui était jusque là,
un pas dans la bonne direction vers lfEtat de droit tant espéré.
Nous
savons que cfest la justice équitable et le respect des
Droits de lfHomme en regard de la déclaration universelle des
Droits de lfHomme de 1948 du reste moulée dans le droit
congolais qui tissent lfétat de droit (fondation). Et
la démocratie en constitue le toit.
1.2
Mon procès a mis en
exergue que LfETAT de droit au Congo était un processus
moribond. Dans son réquisitoire,
lfauditeur militaire et Ministère Public le Major Nkulu Homère,
devant le premier juge, cfest-à-dire, le tribunal militaire
de garnison de la Gombe, a déclaré se fonder, en fait
des preuves, sur des présomptions dfhomme. En dfautres
termes, les charges portées contre moi étaient le fruit
de sa propre imagination et de celle des commanditaires de
lfarrestation.
Il
nfa instruit pendant tout le procès qufà charge
à mon égard, contrairement à ce qufon attend
dfun ministère public qui instruit à charge et
à décharge au profit de la société composée
aussi des prévenus que nous étions.
Un
cas patent : mon chauffeur qui a eu à signer le procès-verbal
de saisi de sa voiture a été surpris de constater
à lfaudience que ce procès-verbal a été
surchargé avec lfajout mentionné en diagonal sur ce
document de « trois
grenades défensives ». Il
a dénoncé le caractère faux de cette inscription
faite à son insu.
Le
ministère public sfest tu sur ça pendant les débats.
Ce document visiblement faux a fondé lfinfraction du port illégal
dfarmes. Le Major Nkulu nfa pas eu le courage dfécarter
ce document des débats. Par
contre dans ces réquisitions, par rapport à
lfinfraction de port illégal dfarmes, lfauditeur
militaire, le Major Nkulu Homère a requis 1 an de servitude pénale
à charge de mon chauffeur et 20 ans à ma charge.
1.3
Le Ministère public a été aussi incapable
dfinstruire à décharge lorsqufà deux
reprises, le prévenu
Lifumba, le fameux pasteur utilisé par lui et les
commanditaires pour me piéger
a déclaré à la surprise de tous :
« Maître Nlandu
est innocente dans cette affaire ». Il nfy a pas eu de
sursaut de la part du Major Nkulu pour instruire à décharge.
Au contraire il
mfappelait tantôt « criminelle, commandante en chef
du mouvement insurrectionnel, tantôt chef de bande »
sans respect à lfégard de ma personnalité. Je
suis avocat, femme politique, présidente du Parti pour la Paix
au Congo, Congo Pax, et jfétais candidate à lfélection
présidentielle de juillet 2006. Il sfen est moquée,
car déclarera-t-il : « vous avez échoué
brillamment à lfélection présidentielle c ».
Je lui ai répondu : « si cfest un petit pas
pour Marie Thérèse, cfest un grand pas pour la femme
congolaise, ainsi devrait
raisonner un homme mûr et noble ».
Le
Major Nkulu, toujours égal à lui, a affirmé
devant une audience où il y avait des diplomates :
« les tortures sont utilisées pour arracher des
aveux ». Il nfa pas été interpellé
pour ça. Tout ça sfest passé comme si cfétait
normal. Mes sept collaborateurs dont un membre de famille de mon mari
ont été torturés nus jusque dans leurs organes
intimes par le colonel Raus et compagnie. Certains dfentre eux ont
été attachés aux portes comme crucifiés.
Si Jésus rentrait au Congo aujourdfhui il serait crucifié
de nouveau. Je ne fais rien dfautre que porter la croix. Le combat
politique nfest pas un festin.
1.4
Aujourdfhui, on laisse faire le colonel Madialuwa dont la raison du
mal jugé qufil invoque pour justifier son appel, nfest fondé
que sur une phrase prononcée par le président du
tribunal : « Nous ne disons pas que Me Nlandu nfest
pas coupable, mais nous disons qufon ne nous a pas apporté
les preuves de sa culpabilité ». (Référence
Journal Potentiel du 7 juillet 2007).
En dfautres termes, la raison du mal jugé ne porte pas
sur les charges levées contre ma personne, charges du reste
inexistantes car montées de toutes pièces par le Major
Nkulu.
Aucune
preuve infractionnelle nfa donc été apportée.
Le seul Procès-verbal de saisi que jfai signé
est celui de mon téléphone portable Nokia. Les fameuses
grenades tantôt qualifiées par le même Ministère
Public de défensives au cours des débats, tantôt
dfoffensives dans son réquisitoire, nfont jamais fait
lfobjet dfune saisie contradictoire.
Le seul endroit où nous
les avons vues,
cfétait au tribunal. Lfexpert militaire venu, consulté
pour son expertise par le tribunal a déclaré sous
serment que ces grenades étaient défensives et ne
pouvaient, tel que dit par le Ministère Public, être
transportées sous le tapis de la voiture sur une longue
distance au risque de se faire sauter. Par ailleurs, des experts
militaires étrangers qui ont ces grenades, les auraient qualifiés
de fumigènes et provenant de la police.
1.5
Aussi
curieux que cela puisse paraître, aucune arrestation nfa pas
été opérée sur les lieux de la Cour Suprême
au moment de lfincendie du 21 novembre 2006.
Apres
lfaudience à la Cour suprême, audience qui a été
suspendue autour de 11 heures-12 heures à cause de lfétat
de guerre autour du bâtiment où des balles crépitaient
et des véhicules incendiés, je suis partie
volontairement au poste de Kin Mazières pour chercher mon
personnel enlevé la veille, cfest-à-dire le 20
novembre 2006. Ni eux ni moi nfétions à la Cour Suprême
au moment de lfincendie déclaré autour de 16 heures
peut-être aux dires des gens.
Nous avons tous été arrêtés hors du
lieu et avant le moment de
lfincendie. En fait,
cfest pour des infractions futures que nous avons été
arrêtés.
Jusqufaujourdfhui
aucun rapport dfenquête de lfincendie de la Cour Suprême
nfa été présenté. La déclaration
dfune femme des Droits de lfHomme dénonçant les
éléments de police entrain de brûler la Cour Suprême
est soumise à une chape de silence. De la même manière,
les dénonciations faites à la télévision
par le Capitaine Alain Badibanga, gardien à la Cour suprême
et évoquées par moi devant le tribunal militaire ont
constitué une infraction pour ce capitaine. En effet, ce
dernier a témoigné avoir vu les éléments
de la PIR (Police dfIntervention Rapide) incendier la Cours Suprême
de Justice. Il est actuellement poursuivi pour violation de consignes
militaires. Quelles consignes ?
1.6
La compétence personnelle des tribunaux militaires précisée
dans la constitution. La Constitution est claire : les
cours et tribunaux militaires ne connaissent que les faits commis par
des militaires.
Jfai
demandé dfêtre jugée par un tribunal civil, cela
a été refusé par le Ministère Public.
Aujourdfhui, le délai
de cinq jours francs est fort clos aux termes de lfarticle 278,
alinéa 2 du code judiciaire militaire qui est clair et
qui dit : lfappel « est
introduit dans le cinq jours francs après celui (le jour) où
cette décision aura été portée à la
connaissance de la partie intéressée ».
Le
jour du prononcé du jugement dfacquittement le 30 avril 2007,
le Président du tribunal militaire siégeant avec cinq
juges a déclaré à la fin que les
parties ont cinq jours pour faire lfappel. Lfauditeur
militaire n'a pas protesté.
Et
les parties au procès sont lfAuditorat Militaire et les dix
prévenus que nous étions. Contrairement à ce que
prétend le Colonel Madiluwa, la loi nfest pas muette. Le délai
de cinq jours sfimpose à toutes les parties au procès,
le Ministère Public compris. De toute façon, sfil y
avait silence de la loi, le caractère impératif de la
loi pénale interdit une telle torsion de la procédure.
Aujourdfhui, le Ministère Public se réfère au délai
dfappel du parquet civil pour assouvir en fait sa soif de répression
en violation du code judiciaire militaire. Que devient la justice
militaire au Congo ?
1.7
Aux termes de notre constitution, les magistrats sont sous lfautorité
de la loi.
En
dehors de la loi, il nfy
a plus que leur conscience, lfesprit dfindépendance et Dieu.
Quand
lfauditeur militaire déclare agir sur ordre de la hiérarchie
pour cet appel du reste forclos, la loi est dfores et déjà
foulée aux pieds au nom dfun mobile qui ne peut être
que politique et pour les mêmes raisons que celles qui ont prévalu
lors de lfenlèvement
de mon personnel le 20 novembre 2006 et de mon arrestation le 21
novembre 06. Cfest cette hiérarchie qui a commandité
mon arrestation du reste arbitraire.
Il est dit dans la constitution qufon peut refuser un ordre
manifestement illégal. Pourquoi le Colonel Madialuwa ne le
refuse-t-il pas ?
2.
Insécurité politique
Comme
dit ci-dessus, il n y a aucun fondement juridique au procès
intenté.
Le
régime faisait croire qufon ne savait rien de ce dossier et
qufon laissait la justice agir en espérant intérieurement
que je sois sous le coup dfune condamnation à mort ou une
servitude pénale. Pourquoi tout ça? Lfamour pour mon
pays doit-il me coûter tout ça, un pays baptisé
ostentatoirement démocratique ?
La
vérité est que le mobile de mon arrestation et du procès
qufon me fait aujourdfhui est totalement politique. Le régime
a utilisé abusivement le pouvoir dfEtat pour mfempêcher
de plaider dans le contentieux électoral présidentiel.
Aujourdfhui, lfappel interjeté par le colonel Madialuwa
vise à me réduire au silence.
Puis-je
rappeler que je poursuis simplement le combat des Pères de
lfIndépendance, le combat pour une prise en charge de son
bonheur par notre peuple ? Boire de lfeau saine, cfest un
droit. Le Congolais nfa pas encore ce droit là; manger régulièrement,
est un droit. Le Congolais a-t-il ce droit ? Sfinstruire est un
droit, le Congolais se forme-t-il comme souhaité ? Aller
et venir est un droit. Le Congolais se promène t-il quand il le
veut ? La sécurité est un droit. Y a-t-il la sécurité ?
La bonne gestion du pays est un devoir des gouvernants et un droit
pour le peuple. Où en sommes-nous ? La corruption gangrène
tout. Quid de la survie du pays de nos chers enfants ? Pensons
– nous à nos enfants ? Quel est le sens du pouvoir
au Congo ? Le pouvoir doit protéger
la vie et faire progresser son peuple. Qufen est –il
donc au Congo? Et jusqu'à quand ?
Notre
front devra-t-il rester toujours courbé devant des forces qui
rendent notre peuple esclave, mendiant, et toujours en exil, à
lfintérieur et à
lfextérieur du pays ?
Lfon
veut que je me taise ? Comment me taire face à ces
immenses misères de nos populations ? Nkundabatware
épure le Kivu, les femmes et les enfants sont tués ;
les hommes, maris et pères de ceux-ci
sont impuissants de protéger ce qufils ont de plus
cher, leurs épouses et leurs enfants. Les frontières
sont prises dfassaut par des voisins comme si cfétait
normal. Et nous nous inclinons tous devant la tombe de la fierté
nationale.
3.
Insécurité physique
On
mfenvoie des menaces de mort à partir de Kinshasa : on
va me tuer si je continue
à parler des violations au Congo. Le colonel RAUS a payé
déjà les gens qui doivent mféliminer, selon
certaines sources.
Je
ne cherche que le bonheur de notre peuple. De toute manière, ma
mort ne changera rien au combat qui doit être poursuivi. E t si
quelque chose mfarrivait à moi ou aux membres de ma famille,
la communauté tant nationale qufinternationale sait déjà
dfoù partirait le coup. Jfai été victime et témoin
de trop dfatrocités que je ne peux me permettre de me taire.
Jfai le devoir moral et politique de dénoncer.
Kin
Mazieres et DEMIAP sont des centres de tortures ainsi que certaines
maisons des autorités érigées en prisons privées
et secrètes. Les exécutions sommaires y sont courantes.
Ce sont des mécanismes de renforcement de lfinsécurité
physique de citoyen.
Ils
sont les outils du régime de terreur au service dfune
dictature qui a réussi à se faire élire. Leur
existence est en contradiction avec toutes les lois nationales et
conventions internationales interdisant la torture et les traitements
inhumains et dégradants. Ces sont des territoires nazis en République
Démocratique du Congo dont la vocation est de disparaître
immédiatement.
La
prison de Makala est un camp de concentration. Conçue pour une
capacité dfaccueil de 1500 détenus, il en comptait
4126 à lfépoque de ma détention. A ma sortie de
la prison, il y avait 450 condamnés des tribunaux civils contre
575 condamnés de tribunaux militaires. Le régime de
dictature se militarise pour un pouvoir constitutionnel déclaré
civil. Cfest une sonnette
dfalarme.
Des
détenus politiques tels que le Pasteur Kutino, la jeune fille
Coquette Nsinga, agent du protocole MLC et sa mère, Anne Marie
Lisasi, une semi-lettrée, originaire de lfEquateur arrêtées
pour espionnage, Théophile Dizizila, mon cousin, Eugénie
Bokolombe arrêtée à Kwilu Ngongo, arrachée
de son lit dfhôpital, tous deux poursuivis pour mouvement
insurrectionnel et tant dfautres personnes arrêtées
arbitrairement sont encore en prison. A quand leur sortie ?
La présence des détenus politiques est incompatible avec
la notion de démocratie.
Les mineurs dfage sont encore en prison. A quand la création
dfun centre pour eux ? Par où passe lfargent du Congo
pour amorcer la construction de ces centres ?
Les
prisons sont des mouroirs. Quand les prisonniers seront – ils
considérés comme des êtres ayant des droits ?
Jfai été
en prison. Jfai vu et vécu la misère des prisonniers.
Cfest un devoir
du pouvoir de procéder à la libération de ceux
qui y ont droit. Exercer le devoir de les libérer est un pas
vers ce que les Congolais et partenaires attendent : LfEtat de
droit.
4.
Demandes
La
prison de Makala comme toutes les autres prisons du Congo doit répondre
aux normes internationales en ce qui concerne les lieux et les
conditions de détention. Une prison est un lieu de préparation
à la réinsertion sociale. En dfautres termes, la
personne emprisonnée doit en sortir améliorée
sous tous les angles.
LfETAT
doit nourrir les prisonniers et leur offrir les soins de santé.
Ces charges ne doivent plus peser sur les
familles ou les amis éventuels des prisonniers.
Sur
cette base, lfEtat congolais peut être poursuivi pour non
assistance à personne en danger lorsque lfon sait que
beaucoup de prisonniers meurent à cause de la famine.
Je
réitère aussi mes demandes consistant à démanteler
Kin Mazières. Le démantèlement
de la DEMIAP est aussi attendu. Une
enquête internationale est toujours attendue pour ces services
et aussi pour lfincendie de la Cour Suprême.
5.
Appel au Peuple Congolais
Peuple
congolais, priez toujours mais travaillez pour votre auto libération.
Lorsqufon
a présent à lfesprit les véritables problèmes
de ce pays, lfinsécurité généralisée
au Congo, la pauvreté, la faim, la maladie, le manque dféducation,
devant lfimpunité généralisée dont
jouissent des véritables criminels qui tuent, qui pillent, on
comprend mal comment tout un Etat peut sfacharner contre une femme
seule et sans armes.
Que
la foi et la détermination à changer notre condition
remplacent la haine, lfinjure facile et la calomnie qui rongent nos
cœurs. Haine, injure
et calomnie qui nfont produit aucun résultat positif jusqufà
présent. Au
contraire, ces trois vices sont source de ténèbres et
dfun poison pernicieux qui détruit la cohésion
nationale et lfharmonie fraternelle, condition de la survie de notre
nation.
Que
le Tout Puissant étende sa main protectrice sur le Congo et son
peuple !
Ainsi a fait savoir ce 12
juillet 2007 à Londres.
Me Marie-Thérèse
NLANDU
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