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Après
sa sortie de la prison et son départ du Congo,
Marie-Thérèse Nlandu vient de donner une
interview sur Congonetradio. (Cette grande radio est en
train de jouer un rôle déterminant pour notre
devenir commun !) Ecouter cette interview devrait
être un devoir citoyen pour des Congolais(es)
responsables. A travers cette interview, il y a lieu de
palper du doigt la maturité politique dfune fille
de notre peuple qui ne doit sa vie sauve qufà la
main toute-puissante de Dieu et au volontarisme politique
de certains hommes et femmes de notre monde.
I.
« Maman, oyeli biso nini ? »
(Maman, que nous as-tu apporté ?)
A
entendre parler Maître Marie-Thérèse
Nlandu, on dirait qufon a affaire à une future Ségolène
Royal congolaise. Sa référence aux valeurs
lui permet de mettre au banc des accusés le peuple
congolais dont le degré de prévarication a dépassé
le seuil du tolérable. Ce peuple traîné
dans la boue de lfhistoire est aussi responsable de sa
misère : il ne pense pas ses choix et il est
facilement corruptible. Pendant que Marie-Thérèse
Nlandu faisait sa campagne électorale à la
présidence de la République, ce peuple lui a
demandé : « Maman,
oyeli biso nini ? »
Il
est rare que les journalistes congolais, critiques sévères
de lfélite politique et intellectuelle
mettent en cause ce peuple esado-masochistef et
irresponsable. Malgré le fait qufil prie du matin
au soir et du soir au matin, il nfa pas réussi
à comprendre cette parole de son ami Jésus :
« Lfhomme ne vit pas seulement du pain. »
Notre peuple meurt à cause de sa boulimie toujours
de pain. Il est capable de pactiser avec le diable pour
avoir du pain. Quitte à accuser après Dieu,
le diable lui-même, le sourcier, lfhomme politique
ou lfélite intellectuelle de ne lfavoir pas
contraint à refuser le cadeau empoisonné !
Lfune
de grandes révélations de cette interview
est que « le pouvoir de Kabila tue ».
A Kin-Mazière comme à la prison de Makala. A
Kin-Mazière, il a été ordonné
que les gens soient tués au moment où
Marie-Thérèse y était. Au moment où
elle faisait son interview, elle entendait encore
« les cris de ces gens torturés et tués »
par les bourreaux formé à lfécole
du colonel Raüs. A la prison de Makala, affirme
Marie-Thérèse, on va chercher les gens
à quatre heures du matin pour aller les tuer.Elle-même
a failli être tuée à Makala. Elle a eu
la vie sauve grâce à (Dieu !) lfun des
ses bourreaux lfayant placée dans une chambre
inconnue des autres au cours de la nuit prévue pour
la triste besogne. Pour elle, le démantèlement
de Kin-Mazière, de la DEMIAP et un contrôle régulier
des prisons congolaises sont parmi les conditions sine
qua non de lfavènement dfun début de
démocratie au Congo.
Elle
est dfavis que la banalisation de la mort par Kabila a
le soutien des élites politiques et intellectuelles
congolaises travaillant avec lui. Marie-Thérèse
Nlandu affirme que « notre pays ne nous
appartient pas » et qufil est du devoir des
Congolais(es) dfétudier des stratégies
pouvant les aider à récupérer ce
pays.
En
effet, écouter le témoignage dfune
prisonnière politique de la trempe de Marie-Thérèse
Nlandu est une chance énorme. Cela permet
dfapprendre et de confirmer certaines « prophéties ».
Mais aussi de confirmer certaines thèses défendues
par certaines élites politiques et intellectuelles
congolaises constituant ce « petit reste »
dont le scepticisme sur lfavenir dfun bonheur
collectif partagé au Congo est une
constante.Elles-mêmes, comme Marie-Thérèse
Nlandu, soutiennent depuis belle lurette que « Kabila
nfest pas à sa place ».
Lfinterview
de Marie-Thérèse Nlandu revient sur certains
lieux communs comme ceux-ci : le manque
dforganisation au niveau de la diaspora et de
lfopposition congolaise est criante ; la nécessité
de concevoir subrepticement les stratégies (secrètes)
de notre lutte ardente et idéaliste pour notre
autodirection est indispensable ; etc.
Comme
beaucoup dfautres analystes politiques congolais,
Marie-Thérèse Nlandu est convaincue que le
problème du Congo est fondamentalement spirituel.
Elle propose dfallumer une bougie à la fin de
chaque mois pour demander que la lumière chasse les
ténèbres congolaises.
A
ce point précis, si Marie-Thérèse
Nlandu allie notre manque dforganisation à notre
problème spirituel, son interprétation du
« fondamentalement spirituel » mérite
dfêtre enrichi. Si les Congolais(es) ont besoin de
faire et de refaire « lfopération vérité »
avec leur Dieu afin qufils (elles) vivent des
« valeurs douces » de la paix, de
lfhonnêteté, de lfamour mutuel, du
travail bien fait, du respect de la vie, etc., ils (elles)
souffrent dfun sérieux
« viol de lfimaginaire ». Le
Congolais moyen a des difficultés à
comprendre que cfest lui le responsable numéro un
de son devenir. Il a vendu son cœur et son esprit ;
il est devenu esclave du « petit dieu »
argent, pouvoir et jouissance. Il croit, malgré les
preuves historiques tangibles que ce sont les autres, ses
parrains (qufil nomme « bienfaiteurs »,
« partenaires » « bailleurs
de fonds ») qui finiront par lfaider à
sortir de lfauberge.
Lfune
de ces preuves est que le refoulement des Congolais(es)
« sans-papiers » de la
Grande-Bretagne (et ennemis jurés du pouvoir en
place au Congo) risque dfavoir lieu au moment où
la machine à broyer du Congolais est mise en marche
par Kabila.
Prenons
quelques deux ou trois exemples. Si Joseph Kabila arrive
à faire sortir les prisonniers de Kin-Mazière
ou de la prison de Makala pour qufils soient tués,
il ne le fait pas lui-même : il a des émissaires
congolais fabriqués à lfimage et à
la ressemblance des bourreaux de leurs frères et sœurs.
Pendant que lfAmérique Latine rompt avec
les mécanismes de lfimpérialisme en
cherchant à créer la Banque du Sud au dépens
de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire (dit)
international, le Congo demeure lfun
des rares pays où « les experts »
de ces IFI en faillite et très peu crédibles
ont encore un mot à dire sur le fonctionnement de
la politique économique. Et certains fils et filles
de ce pays, journalistes ecoupagistesf, ont le culot
de se faire les propagandistes de ces institutions de
Bretton Woods, chiens de garde la mondialisation de la prédation.
Donc,
la crise spirituelle nfest pas à réduire
à sa dimension religieuse. Elle est principalement
le déficit de la capacité propre à un
être humain normalement constitué de formater
spirituellement un monde simplement humain, à
partager avec ses frères et ses sœurs en
humanité. Cfest au niveau de ce déficit
que le reformatage doit être amorcé. Il nfa
rien à voir avec les slogans lancés par les
bourreaux de notre pays du genre : « Changeons
les mentalités », sans qufun état
des lieux sur la question auquel « la
population du dessous » devrait prendre la
parole soit fait.
II.
« Etre maîtres, chez vous, là »
Il
y a un travail supplémentaire à faire au
niveau de notre esprit et de notre cœur. Laurent-Désiré
Kabila en parlait souvent : « Etre maîtres,
chez vous, là. » Malheureusement, il
nfa pas su emprunter la voie menant collectivement
à la maîtrise de notre destinée
commune : il est tombé
dans lfidolâtrie de lfargent et du
pouvoir. « Etre maîtres, chez nous, là »
nous exigera, dans notre immense majorité, dfêtre
les acteurs majeurs de futurs changements à amorcer
au niveau de la gestion politique de la
res publica. Le perpétuel danger que nous
courrons à ce point nommé, est de croire
facilement en des « libérateurs-parachutistes »
au mépris de lfinstitutionnalisation des
valeurs de liberté, dfégalité et de
solidarité.
Au
jour dfaujourdfhui, le Congo dispose dfune
Constitution (mal faite) ayant lfavantage de traduire en
justice un egarant de la nationf ayant abusé de
son pouvoir.(Même si la justice nationale est
prisonnière de lfexécutif, le recours
à la Cour Pénale internationale ou à
dfautres juridictions peut être envisageable.) Il
a des institutions souffrant de lfincompétence de
la plupart de leurs animateurs mais pouvant être
pris à témoin quand les faits parlent
dfeux-mêmes de cette incompétence, de
lfamateurisme ou de la violation flagrante des droits
humains. Pour dire les choses simplement, sortir de notre
imbroglio politique nous exige de lutter pour la pérennisation
des institutions et le renouvellement de leurs animateurs.
Ici, lfinterview de Maître-Nlandu est dfun
apport incontournable. Si lfopposition congolaise veut
par exemple devenir crédible, elle a tout intérêt
à sforganiser : créer un comité
de lfopposition composé de différents présidents
ou membres délégués de différents
partis politiques de lfopposition et élire démocratiquement
le chef dudit comité selon un profil digne de ce
nom et pour un mandat précis. Il en va de même
de différentes forces vives de la société
civile. Ceci peut, tant bien que mal, préparer des
alternatives crédibles de gestion du pouvoir au
sommet de lfEtat. (.)
Lfactuelle
Constitution, malgré ses limites, laisse des marges
suffisantes aux actions citoyennes révolutionnaires.
La liberté de pensée et dfexpression, la
liberté dfassociation et de manifestation y sont
garanties. Les différentes associations des
journalistes congolais en ont fait usage dernièrement
en organisation un marche pour protester contre les
assassinats des journalistes. Le dernier Forum Social
Congolais est une preuve suffisante que nous disposons des
marges de manœuvre qufil nous suffit dfexploiter.
Donc, il y a lieu de recourir à cette Constitution
pour construire, petit à petit, un autre Congo et même
pour mettre hors dfétat de nuire les bourreaux de
notre peuple. (Même si la question de savoir combien
de Congolais(es) se sont donnés la peine de lire,
en français et/ou en langue nationale cette
Constitution reste posée !)
« Etre
maîtres, chez nous, là » est un
travail de longue haleine. Il devrait bénéficier
des brèches qufouvre régulièrement
le système actuel de gestion de la chose publique,
de lforganisation-éducation de « la
population du dessous » et de lfopposition
politique pour devenir, subrepticement, une réalité.
Les révolutions violentes des « libérateurs-parachutistes »
ont un coût exorbitant en vies humaines, en
matières premières et en la perte de liberté
dfautodirection (collective) Lfexpérience de la
révolution du MPR ou de celle de lfAFDL ne le dément
pas.
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